Retrouvons une Sélune libre et vivante !

Effacement de deux grands barrages (Vezins et La Roche qui boit) pour libérer la Sélune, (Manche, France)

Résumé (mise à jour 17 mai 2024)

Les barrages hydroélectriques de la Roche-qui-boit et de Vezins ont été construits sur la Sélune en 1914 et 1927. Avec leur 16m et 36 m de haut ils constituent un verrou pour les poissons migrateurs qui fréquentent ce fleuve côtier. Compte tenu des impacts, des obligations règlementaires de mise aux normes, des problèmes de qualité d’eau qu’ils finissent par engendrer, de leur faible productivité énergétique, et des rapports concluant à l’impossibilité technique d’aménager les ouvrages, l’arasement des barrages après la fin de concession en 2007 est réclamée par les associations environnementales mais aussi les élus de la CLE du SAGE. Des oppositions locales émergent. Le projet est suspendu en 2014 mais le processus reprendra en 2017 et se poursuit aujourd’hui. Printemps 2019, le barrage de Vezins est en cours de déconstruction et s’achève en 2020. Les travaux de préparation sur la Roche-qui-boit (sédiments) prévus ont été effectué en 2020/2021. Le 20 juin 2022 l’effacement du barrage de la Roche-qui-boit a commencés. les travaux se sont achevés au printemps 2023. Après le démantèlement des deux grands barrages, le chemin est libre sur près de 100 km pour sédiments et poissons migrateurs. Un important programme de suivi scientifique accompagne ce projet depuis 2012 et jusqu’en 2027. Les premiers résultats des suivis menés par l’INRAE post effacement sont encourageants avec des poissons migrateurs (saumons, anguille, lamproie) observés dans la Sélune en amont des anciens barrages dès la première année. Un projet de renaturation pour revaloriser et donner accès à la vallée de la Sélune est en cours.

>> Chronologie des grandes étapes, décisions et faits marquants des arasements des barrages de la Sélune

Barrage de Vezins en cours de déconstruction 2019, CR : DDTM 50 / Barrage de La Roche-qui-Boit en cours de déconstruction 2022/ CR : ERN

Un projet justifié par les considérations scientifiques et techniques

Indépendamment de la justification juridique de l’effacement, confirmée par l’autorité de la chose jugée, le projet de renaturation de la vallée de la Sélune s’imposait pour des motifs scientifiques et techniques.

Les retenues de Vezins et de la Roche-Qui-Boit engendrent des plan d’eau extrêmement importants et qui ôtent leur caractère de naturalité à près de 25 km du fleuve Sélune.

Ce plan d’eau de Vezins présente une qualité écologique médiocre (alors que le cours de la Sélune s’améliore). L’état écologique est déclassé par des concentrations en nutriments observées dans l’eau, mais aussi par la chlorophylle a, révélatrice de l’eutrophisation du milieu.

L’enjeu de l’usage pour les activités nautiques et aquatiques est ainsi relativisé car la baignade y est interdite. Le développement de cyanobactéries est favorisé par le déséquilibre trophique et écologique lié à la mauvaise qualité en plan d’eau. Ces cyanobactéries peuvent sécréter des toxines dont certaines sont extrêmement dangereuses.

La retenue de Vezins provoque une importante sédimentation (le volume des sédiments est estimé actuellement à environ 2 millions de m3) et la gestion des volumes stockés se révèle problématique. Les esprits ont encore en mémoire la désastreuse vidange de 1993. Dans le projet actuel, l’essentiel de la complexité des travaux et de leur coût est lié à la gestion sédimentaire démontrant ainsi les difficultés posées par le blocage d’un transit qui se ferait naturellement si la Sélune était une rivière courante.

Les retenues de Vezins et de la Roche-Qui-Boit entravent également le processus naturel d’auto-épuration qui contribuerait à l’amélioration de la qualité de l’eau s’il pouvait s’exercer librement.

Le blocage du flux de sédiment lié aux barrages se traduit également par la disparition des substrats favorables à la vie et à la reproduction des espèces aquatiques.

L’effacement des barrages est nécessaire pour

  • retrouver l’équilibre hydrodynamique de l’écosystème de la Baie. En effet, après effacement, le fleuve aura retrouvé ses fonctionnalités hydrologiques et biologiques et de ce fait permettra d’apporter à celle-ci des eaux et sédiments de bonne qualité.
  • assurer le retour dans le complexe Sée-Sélune d’une population abondante de saumons atlantiques, population qui, d’après les travaux de l’INRA et de l’ONEMA (ex. INRAE et OFB), présente un intérêt génétique et patrimonial particulièrement important pour cette région de la façade atlantique.

Dès à présent, on estime le potentiel du bassin de la Sélune à 5 000 saumons atlantiques. Bien entendu, de nombreuses espèces de poissons migrateurs seront aussi bénéficiaires de ce démantèlement.

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Discontinuité écologique des ouvrages et décision ministérielle de leur arasement

Considérée comme la 3ème rivière de France en « potentiel Saumon », la Sélune est une rivière classée pour le Saumon atlantique,  la Truite de mer, la Truite fario, l’Anguille d’Europe, le Brochet, la Lamproie marine, la Lamproie fluviatile. De façon générale, les cours d’eau du bassin de la Sélune jouissent d’un potentiel écologique important et bénéficient à ce titre d’un ensemble de mesures de protection ou de classement.

En sus des effets néfastes des ouvrages sur la qualité des eaux retenues, la présence de ces deux gros ouvrages pose un problème de continuité écologique, identifié de longue date et source de protestations associatives.
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Ainsi dès 2005, la Clé du SAGE Sélune  afin de restaurer l’axe migrateur qu’est la Sélune s’est positionné pour un effacement des ouvrages. Et en 2009 compte tenu de l’absence de possibilités techniques d’aménagement des ouvrages (d’après un rapport rendu par EDF en 2007) pour assurer la continuité piscicole et sédimentaire,  l’État décide de ne pas renouveler les titres administratifs des barrages de Vezins et de la Roche-Qui-Boit et d’engager le processus de démantèlement des ouvrages. Après plusieurs avancées et reculade de l’Etat, l’effacement des barrages de Vezins et de La-Roche-qui-Boit est définitivement acté en 2017. Voir le détails des étapes qui ont conduit à cette décision.
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Les suites opérationnelles et les études engagées.

Dès 2009 et afin de donner une suite opérationnelle à cette décision, le ministre d’Etat et la secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie ont chargé le préfet de la Manche de lancer les opérations nécessaires à la réussite du démantèlement des deux ouvrages et des opérations de renaturation du fleuve.

Compte tenu des ambitions affichées pour ce projet en matière d’environnement et de développement durable, l’Etat a assuré le lancement de nombreuses études destinées à éclairer les choix techniques, à définir en détail les solutions retenues (renaturation, gestion des sédiments, gestion des déchets liés au démantèlement, gestion piscicole…) à réaliser d’un état zéro de la rivière avant travaux, élément essentiel pour apprécier les gains biologiques ensuite, à prendre en compte l’effet de l’effacement sur les activités locales et notamment le tourisme sur les villages environnants, …

L’Etat s’est en outre préoccupé de très près des risques potentiels liés à l’opération. C’est dans ce cadre qu’ont été établies :

  • une étude relative aux risques d’inondation afin d’analyser le rôle actuel des deux barrages vis à vis des débits de crue restitués en aval.
  • une étude sur le devenir des sédiments pollués présents sur le site comprenant une caractérisation des sédiments et un plan de gestion du site
  • une étude de la capacité de libération de contaminants présents dans les sédiments des retenues des barrages
Un programme scientifique de suivi de l’opération d’arasement des barrages organisé autour de quatre thèmes interconnectés : Paysages, Habitants, Usages, Ripisylve, Paysage, et Agriculture, Dynamique fluviale et Biocénose Aquatique est mené depuis 2012 (Resp. J.-L. Baglinière, Agrocampus Rennes). Tout le programme sur le site du Programme Sélune.
Dans le cadre du volet socio-géographique de ce programme, une équipe de chercheurs géographes et sociologues (Resp. M.-A. Germaine, Univ. Paris Ouest)  travaillent sur les transformations affectant les paysages mais aussi les usages et représentations de la vallée. Ce travail propose un état des lieux, un historique et un suivi des paysages et des usages de la vallée de la Sélune.  Les résultats de leurs recherches sont disponibles sur : http://selune.hypotheses.org/

Vidéo de présentation du projet réalisée par l’ONEMA, Agence de l’Eau Seine Normandie et EDF

Localisation

Bassin de la Sélune

La Sélune est un fleuve côtier qui prend sa source à Saint-Cyr-du-Bailleul dans le département de la Manche et qui se jette dans la baie du mont Saint-Michel après un parcours de 91 km. Le barrage de la Roche-qui-Boit est construit à 12 km de la mer privant les migrateurs de plus de 70 km de rivière sur la Sélune.

Les équipements hydroélectriques de la Sélune

Par arrêté préfectoral d’août 1914 et décret du 23 novembre 1927, la Société des Forces Motrices de la Sélune (SFMS) a été autorisée à construire et à exploiter les barrage de la Roche-qui-Boit et Vezins pour la production d’hydroélectricité. La SFMS fut nationalisée en 1946, son actif étant alors transféré à Électricité de France (EDF).

© ERN France

Barrage de Vezins (construit entre 1929 et 1932)


– 17 km de la mer
– Barrage à voûtes multiples, avec des contreforts en béton armé
– Durée de concession : 75 ans (jusqu’au 31/12/ 2007)
– Puissance : 12.6 MW
– Production annuelle : 20 GWh
– Hauteur : 36 mètres
– Longueur : 278 mètres
– Volume de retenue : 19 millions m3
– Longueur de retenue : 19 km
– Surface de retenue : 151 ha

Barrage de La-Roche-qui-Boit (construit entre 1916 et 1919)

© ERN France


– Le plus à l’aval, à 12 km de la mer
– Puissance : 1.6 MW
– Production annuelle : 4.7 GWh
– Hauteur : 16 mètres
– Longueur : 129 mètres
– Volume de retenue : 1,4 millions m3
– Longueur de retenue : 4 km
– Surface de retenue : 40 ha

La production de ces deux barrages EDF reste globalement marginale, puisque les besoins de la Manche sont estimés à un peu plus de 2 milliards de kWh par an.

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