UN AVENIR EN PLEINE EXPANSION : LES ACTIONS DE DÉMANTÈLEMENT DES BARRAGES SE MULTIPLIENT DANS LE SUD-EST DE L’EUROPE

Après avoir pris du retard, l’Europe du Sud-Est voit aujourd’hui se multiplier les initiatives visant à démanteler les barrages, les déversoirs et les ponceaux obsolètes qui fragmentent les cours d’eau, perturbent la migration des poissons, dégradent la qualité de l’eau et présentent un risque de rupture. Un nouveau rapport révèle que la restauration des cours d’eau par la suppression des barrières, un outil essentiel pour revitaliser les écosystèmes d’eau douce en Europe, connaît un essor sans précédent en Europe du Sud-Est. Cette avancée intervient alors que les États membres de l’UE préparent leurs plans nationaux de restauration dans le cadre du règlement européen sur la restauration de la nature, qui exige que 25 000 km de cours d’eau soient restaurés pour retrouver un écoulement libre d’ici 2030.

Le rapport d’étape 2024-2025 sur le mouvement de suppression des barrières en Europe du Sud-Est documente 135 activités, dont 33 suppressions de barrières dans sept pays en seulement 18 mois, marquant un tournant pour une région longtemps à la traîne par rapport au reste de l’Europe en matière de reconnexion de ses cours d’eau.

Exemples de réussite en matière de restauration

Croatie : huit barrières obsolètes ont été supprimées, une première dans le pays, dans le parc national des lacs de Plitvice, reconnectant ainsi 7,6 km de rivière et restaurant l’habitat de la truite du Danube, une espèce menacée.

Italie : cinq barrières sur la rivière Giovenco ont été supprimées, rouvrant ainsi 11 km de rivière à écoulement libre et revitalisant la faune locale et l’écotourisme.

Bosnie-Herzégovine : plusieurs barrières ont été démantelées pour la première fois dans le pays, dans le parc naturel de Hutovo Blato, permettant ainsi de restaurer 2,5 km de voies migratoires essentielles pour les poissons et d’importantes espèces endémiques.

Slovaquie : la suppression de cinq barrières dans la région du canal d’origine du Danube a permis de reconnecter un bras secondaire vital, renforçant ainsi la biodiversité, la protection contre les inondations et la résilience des écosystèmes.

« L’Europe du Sud-Est abrite certains des fleuves les plus précieux d’Europe sur le plan écologique, mais ceux-ci restent fortement fragmentés. Avec l’entrée en vigueur du règlement européen sur la restauration de la nature, le moment n’a jamais été aussi propice pour intensifier la suppression des barrières, débloquer des financements et donner la priorité aux fleuves à écoulement libre comme solutions naturelles à la perte de biodiversité et aux impacts climatiques », a déclaré Jelle de Jong, PDG du WWF-Pays-Bas.

 

 Appel à l’action

Malgré ces progrès, moins de 1 % de toutes les opérations de suppression des obstacles prises à ce jour en Europe ont été mises en œuvre dans le sud-est de l’Europe. Un soutien supplémentaire est nécessaire pour aider au lancement de projets pilotes, sensibiliser aux avantages des cours d’eau à écoulement libre, créer des réseaux permettant aux praticiens d’échanger leurs méthodes et les enseignements tirés, et modifier les politiques existantes afin de permettre la mise en œuvre de cette pratique.

 

Plus d’informations :

Lire le rapport « SEE Progress Report 2024-2025 »

Lire le communiqué de presse en entier

 

 

Dam Removal Day : célébrer les rivières libres et vivantes: 2 nouveaux factsheets pour comprendre les effacements de barrages et seuils

« À l’occasion du Dam Removal Day, le 8 octobre 2025, les ONG en France et en Europe réaffirment leur engagement pour la restauration des cours d’eau et la suppression des obstacles artificiels obsolètes. Plus de 1, 2 millions d’ouvrages bloquent la libre circulation des rivières Européenne et affaiblissent la biodiversité et la résilience des écosystèmes aquatiques. On estime à plus de 200 000 le nombre de ces ouvrages sans usages, abandonnés ou obsolètes. Témoins d’usages passés, la plupart sont de petits ouvrages de moins de 3 mètres de hauteur, des vannes, des seuils ou encore des passages busés. Leur impact cumulé sur la biodiversité et le fonctionnement des cours d’eau est important. Ces obstacles cloisonnent des espèces vulnérables d’eau fraiche déjà fragilisés par les effets du changement climatique, impactent des migrations piscicoles, favorise le dépôt de sédiments fins qui colmatent le fond du lit en amont des ouvrages, etc. »

(lire le communiqué de presse en entier)

Pour réaffirmer les avantages de l’effacements d’ouvrages impactant et obsolètes ERN publie 2 factsheets sur des retours d’expériences d’effacements en France :

Effacements de grands barrages sur la Sélune, 4 pages, ERN :

Pendant plus d’un siècle, les barrages de Vezins et de La Roche-qui-Boit ont interrompu le cours naturel de la rivière. Leur suppression a permis à la Sélune de retrouver son lit originel et sa dynamique naturelle. Fruit de longues années de débats et d’études scientifiques, ce projet a restauré la continuité écologique et amélioré la qualité de l’eau sur l’ensemble du bassin versant. Soutenu par de nombreuses organisations, il fait l’objet d’un suivi scientifique jusqu’en 2027.

Les premiers résultats sont déjà très prometteurs. Le saumon atlantique, l’anguille européenne et la lamproie marine sont de retour, le transport naturel des sédiments reprend et la biodiversité s’enrichit.

Effacement du seuil du Pont de Rhodes, 4 pages, ERN :

Ce document synthétise les grandes étapes et les enjeux du chantier d’effacement du seuil du Pont de Rhodes qui a permis de reconnecter près de 29 km de rivières à écoulement libre, au bénéfice de la biodiversité locale et de la qualité des milieux aquatiques.

A voir aussi nos vidéos et retours d’expériences sur notre chaine Youtube : Rivières vivantes, laisser couler 

Recommandations de Living Rivers Europe pour favoriser la mise en œuvre de la directive-cadre sur l’eau

Plusieurs lobbies dont celui de l’agriculture, des mines, des affaires, voire certains États membres, tentent activement d’affaiblir la législation européenne sur l’eau. Ils affirment que ces lois sont trop coûteuses, entravent l’activité économique et compliquent les procédures d’autorisation.

Ces affirmations sont infondées et mettent en péril la directive-cadre sur l’eau (DCE).

Nous exhortons la commissaire Jessika Roswall à préserver l’acquis communautaire en matière d’eau et à rejeter TOUTE tentative d’inclure la DCE dans le prochain paquet Omnibus de simplification !

La sécurité hydrique de l’Europe dépend d’un cycle hydrologique fragile, déjà déstabilisé par la pollution, l’utilisation des sols, le pompage excessif et le changement climatique.

Protéger l’eau signifie garantir l’accès à une eau potable sûre, à des rivières saines et à une production alimentaire saine.

Il est essentiel de disposer d’une législation forte en matière d’eau. L’affaiblir n’est tout simplement PAS une option.

Lire la lettre en anglais

Directive-cadre européenne sur l’eau : un outil moderne et puissant pour garantir des eaux propres, saines et vivantes

La coalition Living Rivers Europe a publié cet été un nouveau rapport soulignant que 2027 ne marque pas la fin de la DCE. La directive restera pleinement en vigueur au-delà de cette date. Le rapport explique pourquoi et comment les États membres doivent continuer à respecter leurs obligations légales fondamentales.

La directive-cadre sur l’eau (DCE), adoptée en 2000, constitue le fondement juridique de la protection de l’eau douce. Elle exige de tous les États membres qu’ils atteignent un bon état des masses d’eau d’ici 2027 – un objectif loin d’être atteint. Aujourd’hui, seules 39,5 % des eaux de surface sont en bon état écologique. Cela pèse sur l’état des écosystèmes sur leur résilience face au changement climatique.

Dans le même temps, les impacts climatiques, la pollution et les risques économiques augmentent. Selon le Forum économique mondial, cinq des dix principaux risques commerciaux mondiaux sont désormais liés à l’eau.

Identifiée également comme clé de voute de la stratégie de résilience hydrique de l’UE, les prochaines années seront décisives. Face à la crise croissante de l’eau en Europe, qui se traduit par un accès réduit à l’eau potable, l’assèchement des rivières, les inondations, les sécheresses et la pollution, il faut appliquer intégralement des législations européennes existantes en matière d’eau.

La DCE fournit les outils juridiques nécessaires pour faire face à ces risques : contrôle de la pollution, permis de prélèvement, normes de débit écologique, recouvrement des coûts et restauration à l’échelle du bassin.

Télécharger le rapport


13 idées reçues à propos de la DCE 

La coalition Living Rivers Europe regroupe six grandes organisations environnementales et de pêcheurs : WWF’s European network, the European Anglers Alliance, European Environmental Bureau, European Rivers Network, Wetlands International Europe, et The Nature Conservancy, représentant plus de 40 millions de personnes.

8 octobre c’est le Dam Removal Day : inscrivez vos évènements


Le 8 octobre 2025 aura lieu la toute première Journée de l’effacement des obstacles en rivières.
Partout en Europe, des visites, des rencontres mettront en lumière un même message : des rivières libres redonnent vie.

Chacun peut participer : organiser un événement, partager une histoire locale, relayer sur les réseaux.

👉 Inscrivez votre action sur damremoval.eu/dam-removal-day

Open Rivers Programme : travaux à venir et nouvel appel à candidatures à partir du 6 octobre

Après la pause estivale, les travaux de restauration sur la Laussonne (43), l’Eyrieux (07) et la Malencourie (24) vont pouvoir débuter cet automne.

Ces travaux visent à assurer la continuité de la rivière et reconnecter plusieurs kilomètres vers l’amont, augmentant l’accès aux zones refuges et restaurant les habitats d’eaux vives nécessaires aux espèces sensibles qui habitent ces milieux, comme la truite, l’écrevisse à pates blanches, la moule perlière. Suivez l’avancement des travaux sur la page dédiée

Ces projets ont été présenté par European Rivers Network auprès de Open Rivers Programme pour obtenir un co-financement.

 

Lors du dernier cycle de candidatures, ERN a reçu le soutien pour le projet de la Malencourie (24) visant l’effacement d’un ancien plan d’eau et le projet du Clain (86) pour l’effacement de 7 petit ouvrages sur la Boivre amont, portant à 15 le nombre de projet accompagné par l’association (études et travaux). Lors du dernier cycle au moins 3 autres projets en France, porté par des fédérations de pêche ou des syndicats ont reçu le soutien de Open Rivers Programme : plus d’infos

Le prochain appel à projet du programme ouvrira du 6 Octobre 2025 au 31 Octobre 2025 (décision en Mars 2026). Contactez nous pour plus d’informations ou vous aider à candidater.

SAVE the DATE and REGISTRATION OPEN : Webinar on Open Rivers Programme : lessons learnt and best practices from dam removal projects in Southeastern Europe

webinaire en anglais

 

The next call for Open rivers Programme* applications is coming soon (from the 6th to the 31st of October 2025).

 

Need ideas and advice to prepare your projects and activities, or you just want to know more about Dam Removal in Southeastern Europe ?

Join our webinar on September 23, 2025 from 11:00 to 13:00 CEST. Organized by ERN and WWF NL, the webinar will highlight 3 successful projects completed and implemented in Eastern Europe.  We’ll have 3 presentations from different ORP grant categories. Speakers will present their project as well as lessons learnt and best practices, and it will be followed by a Q&A session :

Introduce, and moderate by Corinne Ronot ERN and Kerry Brink, WWF Nl

Registration is required: https://us02web.zoom.us/webinar/register/WN_GBqXlSOeQZKO_YuY47vYiA

 

 

* The European Open Rivers Programme is a Dutch grant giving foundation funded by Arcadia. The foundation aims to restore endangered European rivers by supporting interventions that lead to the removal of small dams and the restoration of river flow and biodiversity.

Hommage à Jean Wencker

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de Jean Wencker, survenu en août 2025.

Jean Wencker a consacré une grande partie de sa vie à la défense de l’environnement et à la restauration des milieux aquatiques. Ancien président puis vice-président d’Alsace Nature, il a représenté l’association auprès de nombreuses instances : la Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR), le comité de bassin Rhin-Meuse, l’association Saumon-Rhin, ainsi que la coalition d’ONG Salmoncomeback, engagée pour le retour du saumon à Bâle.

Au cours de ses différents mandats, il a défendu sans relâche la continuité écologique des cours d’eau, la protection du Doubs et du Rhin, et le retour des poissons migrateurs, en particulier le saumon. Il avait grandi au bord du Rhin et cela avait marqué son engagement. En 2015, lors d’un colloque à Huningue, il avait partagé avec émotion le souvenir de son père rapportant des saumons à la maison et évoqué la dévastation des forêts alluviales pour les chantiers de barrages de Strasbourg, Gerstheim, une catastrophe écologique majeure. Parmi ses succès, il faut citer la rénovation de la centrale hydraulique franco-suisse du Châtelot, sur le Doubs, inaugurée en 2006 après plus de trente ans de lutte.

ERN et la coalition Salmoncomeback rend hommage à son parcours, ses combats. Qu’ils continuent d’inspirer toutes celles et ceux qui œuvrent pour la sauvegarde du vivant. Nos pensées vont à sa famille, à ses proches.

 

Lire aussi l’hommage de Alsace Nature.

Jean Wencker lors du colloque international Salmon Summit à Huningue en 2015 – CR .ERN

La SNB 2030 reste un cadre ambitieux, mais son succès dépendra de la capacité à lever les freins identifiés par le CNB

La Stratégie nationale biodiversité 2030 vise à traduire en actions concrètes l’engagement de la France issu du cadre mondial pour la biodiversité adopté à Montréal en décembre 2022. Son ambition est claire : stopper puis inverser l’effondrement de la biodiversité d’ici 2030, en cohérence avec les objectifs européens et internationaux. La stratégie s’articule autour de quatre axes principaux et s’appuie sur une approche participative, impliquant acteurs publics, privés, associations et scientifiques.

Lors de sa séance du 24 juin 2025, le CNB a adopté un avis critique sur l’état d’avancement 2024 de la SNB 2030. Il inclut une analyse détaillée et des recommandations pour renforcer l’efficacité de la stratégie.
En résumé, la SNB 2030 reste un cadre ambitieux, mais son succès dépendra de la capacité à lever les freins identifiés par le CNB : moyens financiers, cohérence des politiques, et implication de tous les acteurs.

En effet, le CNB exprime des interrogations majeures sur la capacité de la France à respecter ses engagements, notamment en raison des arbitrages politiques et budgétaires en cours. Il souligne que les moyens alloués et la cohérence des politiques publiques restent insuffisants pour atteindre les objectifs fixés.
Il recommande notamment de programmer des financements pluriannuels dédiés et mettre fin aux subventions dommageables pour la biodiversité, renforcer la convergence entre les politiques climatiques et de biodiversité, afin de les porter au même niveau de priorité dans l’action publique.

Le CNB souligne un décalage entre les ambitions affichées et les moyens concrets mis en œuvre, notamment en matière de protection des écosystèmes et de lutte contre les espèces exotiques envahissantes.
Il insiste sur la nécessité d’une meilleure territorialisation de la stratégie, en impliquant davantage les régions et les acteurs locaux, et d’une évaluation régulière des progrès réalisés.

La stratégie doit désormais être déclinée au niveau territorial (COP régionales) et faire l’objet d’un suivi annuel devant le CNB jusqu’en 2030. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer si les recommandations du comité sont prises en compte et si les moyens alloués permettent de répondre aux enjeux.

lire aussi le communiqué de presse des associations 

Stratégie européenne de résilience de l’eau, une ambition freinée par un manque d’engagements concrets

Le 4 juin 2025, la Commission européenne a présenté sa stratégie de résilience de l’UE dans le domaine de l’eau, un texte attendu alors que les pénuries, les inondations et les pollutions menacent de plus en plus les écosystèmes aquatiques.

Mais derrière les intentions affichées, le contenu déçoit.

Ce document, censé répondre à l’appel lancé par la coalition Living Rivers Europe dans ses recommandations reste en retrait sur plusieurs aspects. Il manque d’engagements concrets, de financements clairement identifiés et d’outils de gouvernance vraiment opérationnels. Après le vote du Parlement européen le 7 mai, plusieurs ONG avaient déjà exprimé leurs doutes sur la capacité de l’Europe à se donner les moyens de répondre à la crise de l’eau. La stratégie reflète l’opinion de la Commission selon laquelle « le cadre législatif est déjà en place » en s’appuyant sur la directive-cadre sur l’eau, la directive sur la gestion des inondations et le règlement sur la restauration de la nature, nouvellement adopté, pourtant les échecs « persistants de la mise en oeuvre freinent les progrès ».

Le texte met en avant les solutions fondées sur la nature, mais sans fixer d’objectifs juridiquement contraignants ni prévoir de budgets spécifiques pour les mettre en œuvre. Les incitations proposées restent trop vagues pour produire un réel changement. Dans deux réactions distinctes, la fédération EurEau et la coalition d’ONG Living Rivers ont regretté l’absence d’objectifs visant à réduire les prélèvements d’eau dans la stratégie. Un tel objectif figurait pourtant dans une version provisoire de la communication – que Contexte avait publiée – mais il a finalement été remplacé par un objectif consistant à améliorer « l’efficacité de l’usage de l’eau » dans la version finale présentée par la Commission le 4 juin. L’objectif d’efficacité est défini de façon floue : il « ne fournit aucune base de référence, aucune feuille de route sectorielle ni aucun mécanisme de mise en œuvre pour y parvenir ». La coalition d’ONG déplore aussi que l’objectif ne soit, de toute façon, pas contraignant.

Sur la pollution, les mesures sont encore trop faibles, en particulier sur la prévention à la source ou l’application du principe pollueur-payeur. Pourtant, les PFAS, les nitrates et les autres substances nocives continuent de polluer les eaux partout en Europe.

Le manque de feuille de route pour le secteur agricole, combiné à l’absence d’objectifs chiffrés par domaine, affaiblit la stratégie.

Comme le rappelle Living Rivers Europe, sans moyens concrets ni plan précis, cette ambition risque de rester sans suite. Pendant ce temps, la pression sur les rivières et les zones humides ne cesse de s’aggraver.

Les prochains mois diront si la Commission et les États membres sauront passer des promesses aux actes et prendre des décisions à la hauteur de l’enjeu.

Plus d’infos : lire le communiqué de presse de Living Rivers Europe